64 - Le Sénateur (n')est (pas) mort...

Portrait photographique par Louis Victor Paul BACARD, dit BACARD fils (1845-19..), installé au n°31 du boulevard Bonne Nouvelle à Paris ; successeur de THIEBAUD en 1871.

De nos jours, les médias sont prompts à jeter en pâture la moindre information sensationnelle. Mieux vaut lancer une informartion erronée que de rater un scoop...

 

En 1900, Le Journal du Loiret, propriété de Georges Michau & Cie, avait pour :

 

- Rédacteur en chef Eugène PETIT.

- Directeur-gérant Georges MICHAU lui-même.

- Directeur politique Auguste BOUCHER.

 

La rédaction et l’administration étaient installés dans le Passage du Loiret…

Pas la peine de chercher à visiter ce fameux passage, il était situé dans un immeuble derrière celui de La Rotonde, place du Martroi, et a été pulvérisé par les bombes en juin 1940.

 

Bref, toujours est-il que ce journal, à tendance très nettement droitière, avait en ligne de mire le Sénateur du Loiret Adolphe COCHERY, homme de gauche.

Portrait gravé par Alexandre NERAUDAU (1820-?), débute son activité d’imprimeur-lithographe en 1851 au n°16 et n°18 rue des Fossés Montmartre. L’original étant manifestement le cliché de BACARD fils.

Né le 26 août 1819 (année que l'on trouve sur la base de données de l’Assemblée Nationale), Adolphe COCHERY fut Député du Loiret de 1869 à 1888, puis Sénateur du Loiret ; il fut aussi Conseiller général du Loiret, pour le canton de Montargis, à partir de 1871, en prenant la présidence en 1877 jusqu’à son décès.

 

Le 22 août 1900, Le Journal du Loiret fait part à ses lecteurs de l’état de santé défaillant d’Adolphe COCHERY, en précisant le 19 septembre que sa santé « cause à sa famille et à ses amis les plus vives inquiétudes ».

 

Le 21 septembre : "scoop" de leur correspondant parisien à 3h00 du matin ! Adolphe COCHERY est décédé… Il a droit à une petite notice nécrologique comme il se doit (dans laquelle il est dit être né en 1821) ; sauf que l’information est démentie le lendemain, puisque fausse...

Le 14 octobre les rotatives de l’imprimerie peuvent officialiser son VRAI décès. Une nouvelle notice nécrologique en dresse un portrait… à charge et sur mesure :

 

« Il avait quatre-vingt-deux ans, cette longue existence, il l’a remplie par toutes sortes d’actes bruyants, il l’a mêlée à toutes sortes d’évènements plus ou moins historiques. sans être au premier rang nulle part, il s’est mis au deuxième ou troisième partout ; dans le Loiret seulement, il occupait la première place ».

 

Je vous fait grâce du reste qui est tout aussi fielleux.

 

Le numéro du 15-16 octobre annonce les funérailles en l’église Saint-Pierre-de-Chaillot pour le mardi (16 octobre), information accompagnée d’un petit rappel de son parcours. Un point retient particulièrement l’attention :

 

« Le 5 juillet 1870, il adressa la fameuse question qui fit de l’incident Hohenzollern l’occasion, sinon la cause, de la guerre franco-allemande. il fut néanmoins des 84 qui votèrent contre la guerre ».

 

Comment ? C’est donc Adolphe COCHERY le responsable de la guerre de 1870 ???

 

Reprenons le fil des évènement de la guerre franco-prusienne : Le 25 juin 1870, la Reine Isabelle II d’Espagne abdique ; deux jours plus tard, Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, un prince prussien, présente sa candidature au trône d’Espagne. La France craint alors d’être prise entre deux feux. Le 5 juillet 1870, Adolphe COCHERY interpelle le Ministre des affaires étrangères pour connaitre la position du gouvernement face à cette menace. Lequel gouvernement s’oppose le lendemain à la dite candidature, laquelle est retirée le 12 juillet.

 

Voilà le « crime » d’Aldolphe COCHERY : avoir osé poser une question. Rien de plus !

 

La suite des évènements ? L’une des pages douloureuses de l’histoire franco-allemande découlant d’une habile provocation, à même de chauffer à blanc des égos nationalistes irritables et irrités… (rien de nouveau sous le soleil).

 

Certes, les écrits restent… Mais cela ne veut pas dire qu’ils sont paroles de l’Evangile ! A méditer en ces temps troubles...

A Orléans, une « place »  porte son nom… Je mets des guillemets, car c’est plutôt une « placette » en forme de rond-point, perdue au fin fond d’un quartier de pavillons, entre la rue Paul Gauguin et celle du Général de Sonis. Là où va se cacher la postérité… A Montargis, il a droit à une avenue et à Malesherbes, à une rue.

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Commentaires : 1
  • #1

    Pierre BOITON (mercredi, 01 mars 2017 09:21)

    Alexandre Jules NERAUDAU est décédé à Paris 2° le 2 mai 1889, âgé de 69 ans, papetier, époux de Mélanie Agathe RIGOLLET, 62 ans, au domicile conjugal, 16 rue Beauregard. Il était fils de Gilles Alexandre et de Henriette THOUVENIN. Il s’était marié à Paris le 8 septembre 1849.
    Problème, il y avait un autre Alexandre Jules NERAUDAU, qui, dessinateur lithographe, épouse le 3 juin 1861 à Paris 11° Marie Caroline GUIART. Il était né à Paris ex 3° le 31 juillet 1834 fils d’Alexandre François et de Renée Jeanne BARSEN.