54 - Le bijoutier indélicat...

Les fantômes orléanais sont-ils bienveillants ? Question que je vous invite à méditer si le coeur vous en dit. Toujours est-il qu’à fouiller dans le passé, on trouve de drôles d’histoires cachées au fond des placards.

 

Place du Martroi, là où se trouve aujourd’hui l’immeuble de la Rotonde (non… Je ne relance pas le « scandale » Facebook…) existaient auparavant plusieurs bâtiments.

 

Je vais m’arrêter sur celui qui occupait à la fin du XIXème siècle le n°2 de la rue Bannier.

En 1781, Louis LADUREAU, époux de Marie Anne LANGE, est adjudicataire d’une maison à cet emplacement. Il fait démolir la bâtisse pour en construire une autre, vers 1793, celle dont je vous parle. En 1801, la maison est décrite ainsi :

 

« Cette maison est construite à l’extérieur partie en pierre de taille et partie en cloisons de charpentes est couverte d’ardoises en appentis avec pavillon à mansarde et consistante au rez-de-chaussée en une boutique carrelée dans laquelle se trouve la descente de cave (…) couverte de trappes en bois, petit sallon carrelé à côté dans lequel est une cheminée à la mode garnie d’un chambranle en pierre, à côté de laquelle est une armoire en menuiserie fermant à clef, et dans lequel sont les fourneaux potagers et bassis en pierre (…). »

 

Dans ma grande bonté, je vous fais grâce de la description des étages supérieurs...

 

L’endroit était occupé par un bijoutier, pour tout dire, il a vu défiler un bon nombre de bijoutiers, dont les MOLGATINI évoqués dans un billet précédent (que vous pouvez lire ou relire en cliquant ici). Je vais m’arrêter sur l’histoire de l’un d’entre eux : François Etienne DUMAREILLE.

François Etienne DUMAREILLE, né en 1787 à Vitry-aux-Loges (45), était le fils d’un marchand mercier qui fut maire de la commune de Vitry. En 1814, il épouse à Orléans Emélie GILLET, il est alors installé au n°143 de la rue Bannier, c’est-à-dire notre n°2 (ce numéro a été donné après 1817).

 

Une annonce parue dans Le Journal du Loiret du 14 décembre 1822, nous montre que son activité est assez large… Il n'hésite pas à proposer à la revente des bijoux en provenance du Mont de Piété de Paris. 

En 1823, opportuniste, il fait frapper une médaille en l’honneur de Robert Joseph POTHIER (1699-1772), le fameux juriste orléanais. Cette médaille fut qualifiée de « spéculation mercantile ». Traduction : y a pas de petits profits, il faut faire feu de tout bois ! A mettre le feu… On finit par brûler la baraque !

En 1827, on le retrouve proposant ses services pour les étrennes. 

En 1829, M. LEMAIGRE lui vend un bracelet/collier en or gaulois ou gallo-romain retrouvé dans un champs à Cléry. DUMAREILLE proposera au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque de Paris d’acheter cet objet (je ne sais si la transaction s'est faite). Jusque là, tout va bien…

 

En 1831, c’est LE scandale... Un arrêt de la Cour d’Orléans le condamne pour usage de faux poinçons. Il écope de vingt années de travaux forcés, mais par contumace, car l’oiseau s’est envolé vers d’autres cieux moins vindicatifs pour les faussaires…

 

En 1836, on solde l'affaire, les biens séquestrés sont vendus aux enchères.

L’histoire pourrait s’arrêter là, sauf que… François Etienne DUMAREILLE avait des enfants. On retrouve la trace de deux de ses fils.

 

Le premier, Adolphe, né en 1816 à Orléans, épousera en 1846 Marie Louise CHEVALLIER, à… Lisbonne ; ville où il est installé en tant que chirurgien-dentiste sous le nom de DUMAREILLE de VITRY. Il y fera une carrière fructueuse, du moins si l’on en juge par ses publications, et surtout par le don de 24,000 fr. fait aux pauvres d’Orléans, via son testament, après son décès en 1884.

Un autre fils, Henri, né en 1829 à Orléans, choisira lui l’Angleterre, où il épousera en 1866, à Londres, Mary RICE.

 

Et les époux DUMAREILLE ??? On trouve en 1855, dans l’Almanach-Bottin du commerce de Paris, des départemens de la France et des principales villes du monde, une certaine Mme DUMAREILLE-GILLET, installée à Saint-Hélier, sur l’île de Jersey, où elle exerce le négoce de bijouterie et de quincaillerie fine…

 

Il semble que la famille se soit éparpillée à travers l'Europe...

 

Voilà... Je referme là ma rubrique "potins du jour". A vous revoir...

Disparition du 2 rue Bannier lors du percement de la rue de la République

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Commentaires : 1
  • #1

    YLAN Philippe (mercredi, 05 octobre 2016 23:36)

    Quelle richesse dans la documentation,ou allez vous donc chercher tout ça?? j'imagine que c'est confidentiel. En tous les cas bravo et merci