40 - Bousculer Jeanne d'Arc pour la faire fondre...

A Orléans, parler de Jeanne d’Arc c’est prendre le risque, tout comme elle, de se faire «descendre»… 

 

Dans la cour d’honneur de l’évêché, on a pu voir jusqu’en avril 1940 une statue équestre de Jeanne d’Arc, oeuvre du « statuaire archéologue » Armand Le Véel, élève de François Rude. Au salon de 1867 il présente le plâtre et il lui faudra attendre celui de 1880 pour dévoiler le bronze. La ville de Rouen envisage alors de s’en porter acquéreur (moyennant 40,000 fr.) et puis refuse !

Armand Le Véel (1821-1905)

En 1898, le comte de Robien met en relation Mgr. Touchet, alors évêque d’Orléans, avec le sculpteur. Ce dernier accepte de faire don de son bronze au prélat. Jeanne devait être placée dans la cathédrale, mais tout le monde n’étant pas de cet avis, elle finit par arriver dans la cour d’honneur de l’évêché, juchée sur un piédestal. 

Le 7 mai 1899, la statue est inaugurée en grande pompe. Une plaque de bronze est apposée à l'avant : « A la mémoire de Jeanne d’Arc et des défenseurs d’Orléans, 1428-1429. A. Le Véel, sculpteur » et une autre à l’arrière. On pouvait lire sur celle-ci les noms des gens d’armes, de la milice et de la Cité morts lors du siège ; enfin les noms de ceux dont la postérité a bien voulu se souvenir…

La cour d'honneur de l'évêché avant 1899

La cour d'honneur de l'évêché après 1899

L’année 1905 est celle du décès d’Armand Le Véel et du vote de la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat. En 1906, la statue est intégrée à l’inventaire des biens que dresse l’agent des domaines. Monseigneur Touchet n’en perd pas son latin, mais proteste vivement, considérant qu’elle lui appartient, puisque c’est à lui que le sculpteur en a fait don ! S’en suit un procès au tribunal civil d’Orléans, qui par un jugement du 9 février 1910 considère qu’elle avait été donnée « à l’évêque d’Orléans et non à Mgr. Touchet ». Jugement confirmé en appel en 1911 et Jeanne de rester dans la cour sur son cheval cabré…

Le moment où Mgr. Touchet est obligé de quitter l'évêché

L’évêché devient la bibliothèque municipale et le 26 juin 1939… Patatras ! Une voiture, qui manoeuvre en marche arrière dans la cour, bouscule le piédestal et fait choir la cavalière de toute sa hauteur.  « Ce contact imprévu avec le sol » ne semble pas l’avoir trop détériorée, mais tout de même… Elle reste dans cette indigne position pendant une bonne semaine avant qu’on ne la redresse ! 

 

En avril 1940 viennent se garer dans la cour les voitures sanitaires du service de la défense passive. Le bronze râpé et le piédestal écorné sont gênants pour la circulation des véhicules. C’est alors que Jeanne d’Arc et son support se font enlever ! Il n’était pas question de les culbuter à nouveau… 

 

Correction du 18 juilet 2016

Les informations dont je disposais, lors de la rédaction de ce billet, me laissaient penser qu'en 1942, c'était l’occupant qui lui avait mis la main dessus, pour l'envoyer directement à la fonderie ! 

Correction apportée ce jour oralement par M. GRANGE, que je tiens à remercier. Il semble qu'en réalité elle fut mise à l'abris, avec la sculpture de la princesse Marie D'orléans (cour de l'Hôtel Groslot). Elles subirent un bombardement, et celle dont il est parlé ici fut irrémédiablement endommagée et ses restes stockés à Saint-Euverte... Qu'en est-il aujourd'hui ?

La cour d'honneur de l'évêché aujourd'hui

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