19 - Un travail de bénédictin... ou de fourmi ?

Au-delà de ce que j’ai pu évoquer ici jusqu’à ce jour, je vous offre à voir un aperçu d’un travail de bénédictin (ou de fourmi ?) auquel je m’emploie depuis plusieurs années. 


Petite intro : Il existe un plan de la ville d’Orléans, en intra-muros, que l’on nomme le « Plan de Perdoux ». C’est un censier, c’est à dire qu’il figure les différentes parcelles soumises au cens (redevance foncière et perpétuelle). Ce plan est complété d’une liste des propriétaires de l’époque, c’est à dire vers la fin des années 1770, et se devant de payer ce fameux cens. Le petit hic dans le Loiret, c’est qu’en 1940, lors du bombardement de la ville d’Orléans, les Archives Départementales sont parties en fumées, et donc la plus grosse partie du fond ancien ; à quoi il faut ajouter les destructions annexes, c’est à dire la disparition des archives des études notariales restées « en place », que ce soit rue Royale, rue des Carmes ou rue Bannier. Donc, effectuer un travail de recherches, c’est entrer dans la peau d’Hercule Poirot ou du commissaire Maigret… Il faut mener l’enquête et, à la différence de ces deux héros, accepter la frustration d’aboutir à un cul-de-sac par absence de documentations. 


Mon travail de bénédictin ? Tenter de façon quasi utopique de reconstituer ce que fut la ville à la fin du XVIIIème et au début du XIXème. Petit à petit, j’arrive à identifier des bâtiments, à être en capacité de les décrire et de donner la liste des différents propriétaires.

Ici, il s’agit de la maison qui était située à l’angle de la rue Vieille Poterie et de la rue Royale. Cette partie ayant été détruite pendant la guerre, la rue fut absorbée par le nouveau découpage urbanistique de la reconstruction. Dans le « Plan de Perdoux" on la retrouve dans la feuille n°6 sous le n°40 ; sur le cadastre de 1823, il faut regarder la section A et la parcelle n°801.

Ce terrain fut cédé par l’intendant d’Orléans, M. de Cypierre, le 3 juillet 1761 à Mme. Marie Olympe Giraudon, veuve de M. Pierre Simon Etienne Toussaint Alix, et ses enfants : Louis, Marie Sophie, Anne Olympe et Thérèse Delphine. Lesquels, à cet emplacement, feront construire une maison qu’ils vendront le 6 mars 1788 à Jean Baptiste Chaté et Anne Susord son épouse ; qui à leur tour s’en séparent le 27 septembre 1792 au profit de François Joseph Beaublez, marchand de soieries, et Madeleine Victoire Bataille son épouse. Ceux-ci vendent la maison le 24 septembre 1793 à Pierre François Sallé et Anne Françoise Perdereau son épouse. Etc. etc. En 1823 : elle appartient à Sallé fils.

Pour la petite histoire locale, il me semble intéressant d’évoquer l’un des locataires du lieu : M. Benoist Charles Vergnaud. Auparavant, avec ses soeurs, il poursuivait l’activité de quincaillier de feu M. Vergnaud père, à l’enseigne « A l’Infante d’Espagne » rue Sainte-Catherine. La fratrie développe au milieu des années 1780 un tout autre genre de commerce, celui des « toiles, mousselines, dentelles, gazes, taffetas, & autre mercerie », justement dans la maison qui nous intéresse. Devant le magasin ont peut voir le monument de la Pucelles, auparavant placé sur le pont des Tourelles ; pont qui fut démoli après la construction du pont Royal. Ce groupe sculpté est un excellent repère pour les chalands, et sert d’ailleurs à la réclame du commerce. Le monument ne survivra pas aux aléas révolutionnaires. Charles François, fils de Benoist Charles, succèdera à son père à la tête des affaires. Ce Charles François est le fameux Vergnaud-Romagnési à qui l’on doit de multiples écrits sur « Le Vieil Orléans ». La boucle est donc bouclée…

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Commentaires : 1
  • #1

    Jacques baillon Olivet (mercredi, 14 octobre 2015 11:26)

    Bonjour, je prend beaucoup de plaisir à parcourir votre blog. Ce n'est jamais ennuyeux, pas trop long, ça donne juste envie. Bravo. Sinon, si au hasard de vos pérégrinations vous trouvez une boulangère place du Martroi, faites moi signe :-) Explications ici : http://gw.geneanet.org/jbaillon_w?lang=fr;pz=valerie;nz=baillon;ocz=0;m=NOTES;f=les_mysterieuses_cousines_de_marie_louise
    Bonne continuation..
    Jacques