10 - Imprimerie ? Vous avez dit imprimerie ?

Le point de départ d’une recherche, c’est forcément une interrogation qui titille la curiosité et met en branle les neurones. Comme un chien à qui on offre un os à ronger, je ne peux pas résister !


Au piéton lambda qui veut rejoindre la place du Martroi, depuis la rue Jeanne d’Arc, s’offrent plusieurs cheminements possibles. Je vous propose de bifurquer par la rue Charles Sanglier. Vous allez longer un immeuble « début de siècle » (XXème s’entend) qui arrive pratiquement jusqu'au Martroi.

Coincée entre les nos 32 et 34, au beau milieu de la vitrine d’un magasin qui fleure bon l’enfance, vous y verrez une enseigne en mosaïque (des émaux de Briare ?) signalant une imprimerie. Elle représente une femme, un livre à la main, avançant au bord d’un plan d’eau, un chien à son côté droit.


Donc, il y avait une imprimerie… 

Quand ? Qui ? Et quoi ?


C’est Paul Adolphe DESJARDINS (1859-?), un imprimeur-lithographe, qui en juin 1903 loue cet atelier-boutique à Mme. veuve BIGOT-LEGRAND (1833-1904), pour une durée de trois à vingt-un ans. Installé auparavant rue Porte Saint-Jean, il était lui-mêle fils d’un lithographe qui avait eu la mauvaise idée de manifester son opposition au coup d’état de Napoléon Bonaparte, en tentant de s’emparer bruyamment de la mairie d’Orléans le 2 décembre 1851. Condamné à être déporté en Algérie, il eut cependant le plaisir de profiter de la grâce impériale lors du mariage de Napoléon III avec Eugènie de MONTIJO en janvier 1853*. 


L’activité de cet atelier s’est poursuivi sous la direction de Louis Paul DESJARDIN (1887-1977), fils de Paul Adolphe. On y imprimait tout le nécessaire pour les entreprises : carnets à souche, factures, etc.


*Cette union fut raillée à l'époque d’un trait mordant quelque peu trivial :  « Ce soir s’il trouve un pucelage. C’est que la belle en avait deux » et Victor Hugo d’ajouter finement : « L’Aigle épouse une cocotte… » !


L’emplacement de l’immeuble avant…

...et le même après !

Cet immeuble a été conçu par l’architecte du département, Gabriel GUILLEMONAT (1886-1945), qui venait d’épouser en janvier 1902 Mlle. Renée DUSSERRE, fille de feu M. DUSSERRE, dont M. GUILLEMONAT avait repris le cabinet. Quant aux travaux, ils furent assurés par l’entreprise CROSNIER.

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Commentaires : 2
  • #1

    odile Bach (samedi, 15 août 2015 12:48)

    Bravo pour l'observation et la curiosité : j'habite depuis 70 ans à Orléans et je passe souvent par là. Je n'avais jamais remarqué et encore moins recherché !!!! horreur !!! Heureusement qu'il y a un détective intelligent, bravo et merci Eric

  • #2

    Bernard Heude (samedi, 15 août 2015 21:44)

    Je m'associe complètement à Odile Bach
    Bien cordialement à Odile et Eric